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 Loup, où es-tu ? {Kerran ♚


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Date d'inscription : 12/08/2012
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MessageSujet: Loup, où es-tu ? {Kerran ♚   Mer 9 Jan - 0:15


    A force j’avais finis par reconnaître le bruit de tes pas. Ton parfum. Ou l’étrange sensation de calme qui me prenait tout entier à chaque fois que tu pénétrais dans la même pièce. Paraît-il que nous aurions des auras, des voiles invisibles. Des enveloppes fantômes qui nous distinguent, qui nous différencient en fonction de la force et la pureté de notre âme. Pour certains même, elles auraient des douces couleurs en fonction de nos forces, de nos énergies. De notre esprit. De notre cœur. J’imagine la tienne grande. Resplendissante. Puissante. Je sais que quand tu es là, que tu t’approches il m’arrive de la ressentir. Plus ou moins intensément. Plus ou moins fortement. Je la sentais d’autant plus quand j’avais envie de t’entendre ou encore de te sentir. Pourtant bien des fois, c’est vrai, j’ai crié. Bien des fois j’ai gémi alors que tu te glissais derrière sans que je ne m’aperçoive de rien. Ce soir par contre, je frissonnais au moindre courant d’air. La mienne, ce soir est grise. Noire. Petite et malheureuse.

    Incapable de savoir si pour cette fois-ci j’avais réellement envie de te voir. Sûrement. Très certainement. Pas du tout. Incertitude pas le moins du monde liée à une paranoïa psychotique, à un délire névrotique. Une folie de substances, de liquides. Non. Je te voulais auprès de moi, mais pour toujours. Pas pour un bout de chemin, pas pour un bout de vie, ni même juste ces quelques nuits. Non.

    Aujourd’hui j’étais clean.
    Aujourd’hui j’étais sain.
    Aujourd’hui j’avais mal.
    Aujourd’hui je crèverais dignement.

    Peut-être aurait-il fallu que je trouve le courage de te dire plus tôt, tout ça. D'une autre manière, avec des mots. Peut-être aurait-ce été différent. Il n’y aurait pas eu de groupe, pas d’amitié. Moins d’amour. Moins. Moins de haine, moins de disputes, moins de larmes. Adieu la souffrance. Plus de rage. Plus de jalousie. Plus cette putain de colère ! Encore moins cette perte d’envie de tout. La perte du goût, la perte de la raison. La perte des sensations. La perte d’être. La raison d’être.

    Douloureux déchirement. Douloureux baiser. Un contact trop froid et puis trop chaud à la fois. Ce soir-là j’avais compris. Sentis aussi. Répondu à ce que je te suppliais de me donner avec trop d’envie et puis trop de force. Avec la hâte de t’entendre me dire ensuite ce que je désirais. Mais non. Les meurtriers préfèrent s’amuser. Jouir du moment où l’âme en peine se décompose quand l’assassin se retire en vous laissant juste assez de sang pour que votre supplice dure. Dure et dure encore. Juste ce dernier regard, suffisamment long, puis qui s’échappe sans pouvoir en palper le sens, pour que vous compreniez que désormais plus rien ne vous sauverez. Et puis cette ombre qui s’éloigne, cette silhouette trop grande, trop parfaite et trop différente. Je crois bien même que j’ai hurlé quand elle à disparu au loin. J’ai hurlé les larmes. J’ai pleuré ma peine. Je n’ai pas cherché à te rattraper, m’excuser ou encore te frapper. Juste une libération sauvage. Un cri. Pas de joie, pas de tristesse. De la douleur. La douleur d’être con. La douleur de te perdre, toi. Un deuil. Un autre. Un autre qui viendrait tailler dans mon être une autre croix. Brûlante et saisissante torture. A jamais marquée au fer rouge, dans ce cœur qui saigne déjà trop.

    Tu vois, Kerran, je n’oublie rien. Pas même ces regards, pas même les mots. Même dans le plus honteux des états, chaque chose était écrite, encrée, comme pour me rappeler toutes mes erreurs. Mes avances dans mes démences, mes gestes et mes mots. Et chaque fois, au réveil j’avais fait semblant de rien. Parce que oui, je n’ai pas de couilles. Pas même pour te dire que je t’aime. Suis-je pitoyable ? Je suis esseulé, et puis perdu sans toi c’est tout. Et je refuserais d’annoncer quoi que ce soit. Pas à eux. Parce que le lâche ne supporterait pas d’avouer ses torts, qu’il préférait s’évader, le plus loin possible. Parce que sans toi, il n’y a plus rien. Que chacun d’entre nous avions besoin de toi. Et que toi t’avais besoin d’eux. Et moi je ne t’avais plus. J’étais responsable de l’anarchie fanatique. Seul et responsable. Aucunement le droit d’imposer mes maladresses, mes états d’âme à eux. Je souffrirais seul, comme un grand oui. Mais je ne veux pas grandir. Je veux rester jeune. Irresponsable. Fou, malade. Je veux rester Princesse, je veux pouvoir encore pleurer. Je ne veux pas être fort.

    J’ai longtemps hésité. J’ai souvent songé à la façon dont je rendrais mon dernier souffle. Tout y était passé. La drogue, la cirrhose. L’accident. Mais jamais d’amour, jamais de mes mains. Jamais des tiennes. Et ce soir, j’étouffais plus que les autres. Tu ne veux plus de moi, alors je n’ai plus le besoin d’avancer. Plus de raison d’exister. Il n’y aurait plus de musique, plus d’amis pour me porter. Plus d’épaules pour pleurer. Plus de personnes à faire rire, plus de personne à emmerder. Plus tes sourires, plus tes baisers. Celui d’hier était le dernier. Il était bon. Il était doux, libérateur et puis tueur. Mais je l’ai aimé. Mais je suis un faible, tout le monde le sait. Et sans cette famille, sans toi, je nous tuais tous d’une façon ou d’une autre. Alors j’avais gravis les marches, sans même prendre le soin de passer ma cape sur mes épaules. Pieds nus, j’avais traversé les couloirs, affronté le froid mordant des pierres. J’étais sorti un instant dehors, dans cette cour où tu m’avais laissé hier. Mon regard s’était un instant perdu sur la tour d’astronomie. Sur cette fenêtre. Haut perchée. J’ai songé un moment à la sensation que l’on devait ressentir en s’y jetant. Quel effet salvateur cela pouvait bien procurer avant d’atteindre les dalles. Alors je suis monté.

    Tout en haut.

    Je suis monté en laissant derrière moi tout ce que j’avais. Mais je ne regrettais rien. J’ai bien vécu. J’ai eu l’argent, la gloire. J’ai pu vivre de ma passion, la partager. En profiter, surement trop. Puis j’ai aimé. Presque aussi doué que la Faucheuse, ce connard d’amour. Sauf qu’il est plus lent, qu’il mâche son travail. Mais je le finirais, la souffrance je ne la supporterai pas. Je n’en voulais plus. J’ai craché dessus. Sur toi, sur ta vie, sur nous mais surtout sur moi. Le corps qui se plie je me suis glissé sur le rebord. Mais je n’ai pas le vertige, pas peur de la hauteur. Pas même de la chute. Un coup d’œil vers l’infini de l’univers. Puis vers les marches. Non, je n’espérais pas que tu viennes, ni personne d’ailleurs. Je l’ai peut-être espéré, en fait. Un laps de temps seulement, avant que mes doigts ne desserrent l'alcôve.

    Elle était bien trop fourbe cette maladie, bien trop bonne dans son exercice. Et ce soir elle gagnerait, à défaut de ne pouvoir la surmonter. Princesse plongerai dans le plus long des sommeils. Ce soir je te libèrerai du poids. Du boulet. Du con.

    Juste un pas de plus pour embrasser le vide.
    Un pas de plus pour nous libérer.


_________________________________
Through pain of heart or loss of mind,
your burdens was lifted.
In the catacombs of a bruised soul,
I became just a memory.
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MessageSujet: Re: Loup, où es-tu ? {Kerran ♚   Mer 9 Jan - 16:21

Grande. Puissante. Et si sombre. C’était bien cette auréole invisible qui m’entourait tout entier. Qui happait quiconque m’approchant de trop prêt. C’était cette aura surnaturelle et réelle, qui vous prenait tout entier ; et moi avec. Elle se glissait dans vos pores et votre chair, pour s’insinuer au plus profond de votre être. Juste pour vous pourrir. Juste pour noircir tout ce qui pouvait bien vous habiter. Mais il n’y avait plus que le vide ces derniers jours. Je t’évitais. Je les évitais. Je n’étais plus là. Juste une ombre en cours, juste un cadavre qui bougeait pour aller d’une salle à une heure. Absent à tous les repas. Absent le reste du temps. Je n’avais pas envie te voir changer d’avis. Je n’avais pas envie de te voir, pour m’observer flancher moi-même. C’était impensable. C’était trop tard. J’ai délibérément laissé ma chance couler entre mes doigts, pour ne plus être tenté. Trop dur et trop violent dans mes paroles, chuchotées par une voix douce et tendre.

La Lune était depuis longtemps déjà, ma seule compagne. C’était elle qui déposait ses caresses glacées, mais presque rassurantes contre ma peau diaphane. Trop froide et maladive. C’était elle qui illuminait mes nuits, depuis trop longtemps déjà, et pour l’éternité encore. Elle était toujours là. Hier, aujourd’hui, et demain.
Et puis la solitude, la peur, et le vide, étaient mes amantes les plus parfaites. Tenaces. Douloureuses. Mais si pures. Elles aussi se glissaient contre mon corps, et s’y accrochaient fermement. Jamais elles n’ont faillis à leur tâche : m’abandonner. Elles étaient toujours là : ronronnant calmement. Ces derniers jours, depuis notre confrontation dans la Cours de Poudlard, elles hurlaient leur dévotion à mon être.

Aujourd’hui, je ne savais plus vraiment qui j’étais. Qui je devais être pour ces personnes qui m’entouraient, et ce que je devais faire. Ou ce que l’on pouvait attendre de moi. Oui. J’étais ce chanteur trop parfait aux yeux de tous, ce croqueur de femmes et des joies de la vie. Un jeune riche, sûrement plus affligeant que les autres ; du genre de ces personnes qui nous dégoûtent dans les magazines. Et puis j’avais fini par oublier ce que je désirais être. Sauf cette promesse. Peut-être l’une des seules que je tiendrais dans ma vie. Peut-être la seule chose juste et bien que j’aurais faite de ma mort.
J’ai peut-être passé trop temps à leurs côtés, ici, dans cette ville, ce pays. Peut-être qu’il y aurait trop de personnes pour immortaliser mon regard, mon visage. Mais l’on finira par m’oublier. Je ne suis pas une légende du Rock. Juste un chanteur, dans un groupe qui plaît aux adolescents. Qui grandiront, et changeront de goûts, de style. Comme nous. Mais nos noms disparaîtront. Ils disparaîtront tous.

Alekseï Keller.
Ca aussi c’est un nom, dont on n’a jamais entendu parler. Pas même un nom écrit sur une tombe. Peut-être juste présent dans les registres des fosses communes russes, avant la guerre. Pendant. Après. Peut-être aucun nom du tout. Juste un nom qui n’aura existé que quelques années. Juste une famille décimée par un monstre, un fou avait-on dit. Juste un nom que j’ai porté au début de mon existence. J’avais fini par l’oublier, quand j’ai changé : c’était juste coincé derrière un épais rideau noir. Et un jour, ce dernier s’est déchiré, dévoilant alors la vérité. On n’oublie rien, on déforme juste ce que l’on ne peut pas supporter. Alekseï Keller, disparu avant le massacre de sa fille. Troisième garçon d’une famille pauvre de forgeron. Un voleur, un garçon à tout faire. Disparu pendant la guerre, peut-être par peur d’aller à la guerre, de l’entendre gronder plus fort, et de la sentir faire tout trembler. Pourtant mes premières années d’existence étaient dans ses tranchées la nuit, là où il y avait cette odeur de mort, et tout ce sang. Là, où il y avait des hommes fous, des soldats blessés et en mal de guerre. Là, où il y avait des gorges pour puiser la force et la folie qu’il fallait.
Alekseï Keller, n’avait été qu’un gentil garçon, qui aidait ses parents, ses sœurs et ses frères. Un peu simplet, mais très débrouillard et doué de ses mains. Mais il n’était qu’un parmi tant d’autres.

Mes doigts s’arrêtèrent un instant contre cette chevalière à mon cou. Peut-être qu’elle m’avait appartenue. Ou à mes frères, ou encore à mon père. Je ne m’en souviens plus, mais je sais qu’elle était très importante… A l’époque. J’inspirais lentement, alors que je portais mon regard sur l’immensité de la nuit. Et puis cette odeur me vint. Ton parfum. Ces effluves si particuliers. Je les reconnaîtrais entre mille. Il n’y avait que cette odeur qui pouvait me faire perdre la tête, m’enivrer tout entier et m’engourdir l’esprit. Juste elle. La tienne. Le parfum d’Aidan Ells. Et puis, je suivis cette odeur. Par curiosité ? Non. Juste par manque : cette envie de te voir, après ces jours de vide, où il n’y avait eût plus rien. Pas même un regard, encore moins un sourire. Juste le vide. Par envie de savoir si tu allais bien. Pour savoir si je devais commencer à réfléchir à t’aider, sans le faire.

Ce fut lorsque j’arrivais en haut des marches, et je te vis, là. Debout sur le rebord. Dominant de ta taille toute entière le monde, la nuit, même la Lune moqueuse et ce vide si sombre qu’était le monde dévoré par les ténèbres. Et puis, c’était ce corps qui basculait lentement vers l’avant. Juste toi. Et le vide. Je ne respirais pas. Mais mes pupilles se rétractèrent violemment, quand je compris enfin. Pas un hurlement ne passa mes lèvres. Je restais effrayé et figé sur mes pieds. Jusqu’à ce que mon cœur se remettre à battre. Lentement. Trop lentement.

Soudainement, je bougeais. Je sautais dans ce gouffre à mon tour, y plongeant corps et âme, avec une puissance inouïe. Juste pour te rattraper, juste pour sentir mon corps heurter le tiens, juste pour dévier ta trajectoire, juste pour essayer de m’accrocher à l’un de ces trop nombreux murs. Je n’avais jamais sauté de si haut. Jamais. Je ne savais même pas si mon corps mort pourrait supporter la chute. Je mourrais broyer s’il le faut pour te donner la vie.
Il n’y avait plus que mon bras autour de ton corps, et puis l’autre que je sentis se déchirer contre les murs, les tuiles, et autres décorations de ces autres constructions. Ce liquide qui coulait dans mes veines, qui m’avait toujours paru si tiède, si voir, me parut brûlant lorsqu’il glissait contre ma chair. Il n’y avait plus que le sol qui se rapprochait dangereusement. J’allais mourir. On allait mourir. Je le savais. C’était peut-être bien le mieux qu’il pourrait nous arriver. Mourir ensemble, comme tous ces couples maudits. Mourir, sans que tu ne saches toute la vérité ou l’étendu de mes sentiments… Mais non. Non ! C’était impossible ! Cela ne devait pas se finir ainsi ! Tu devais vivre ! VIVRE ! Je voulais te voir vivre ! Te voir HEUREUX ! Tu ne pouvais faire cela de mon sacrifice. Je ne pouvais pas accepter de partir, d’ignorer mon cœur et mes passions, pour CA ! Je ne pouvais pas te laisser prendre ton propre chemin, cet arrêt direct vers la mort ! Non ! C’était ainsi que cela devait se terminer si j’avais accepté, si j’aurais cédé ! Pas si je te laissais pour te laisser ta vie, et tes choix ! Ta vie ! Merde. T’es qu’un putain d’enfoiré. Un faible. Un putain de connard qui avait les couilles de sauter. Rien d’autre. Tu dois VIVRE. Le vouloir ! Et t’accrocher à cette putain de vie, que je t’enviais tant ! MOURIR ! Comment est-ce que tu pouvais avoir envie de MOURIR ?!

Alors il eût cette sensation. Ce grondement inhumain qui hurla dans ma gorge, pour affronter ce sol. Pour sentir le sang qui bouillait dans mes veines, et venir faire tendre mes muscles. Encaisser le choc. Entendre l’une de mes chevilles craquer horriblement. Pour tomber sur le sol avec toi. Pour te laisser indemne sur le sol, alors qu’enfin, lorsque mon souffle se réveilla, je sentis la douleur se répandre dans mon cadavre. Pas ces douleurs que j’avais toujours connues. Non. Celle qui venait des plaies affreuses à ma hanche, mon bras et mon épaule. Celle qui venait de mes os briser. Et puis celle de ce sang étrange qui voulait tout reconstruire.

Un léger rire nerveux, douloureux passa mes lèvres. Juste quelques secondes. J’aurais presque préféré ne pas essayer de me redresser pour voir si tu allais bien. J’aurais pu après tout te broyer les côtes, te réduire tout entier en poussière, lorsque je t’ai attrapé, trop désireux de te sauver, trop peureux de lâcher prise. Alors un doux gémissement de douleur passa la barrière de mes lippes, lorsque je me retrouvais à genou. Quelle belle chemise blanche déchirée et imbibée de sang. Diable, que mes yeux carmin devaient être angoissants. Et puis je t’observais te redresser. Lentement. Sans te lâcher une seule seconde des yeux.

Et puis la gifle partie toute seule.
Celle qui laissera des rougeurs sur ta joue une bonne heure.
Celle qui venait de laisser mon sang contre ta peau trop fragile.

Et je respirais profondément. La respiration sifflante. Je ne savais même pas pourquoi je respirais. Nul besoin. J’étais juste énervé. Sûrement trop violent. C’était bien la première fois que je l’étais directement avec toi. La première fois que je te touchais de la sorte. Mais je te fixais. Et puis lentement, je me relevais, m’appuyant de ma cheville indemne. On aurait presque dit un film de mauvais goût.

Mes doigts s’accrochèrent à ton col. Je te soulevais pour te remettre sur tes pieds. Une plume. Voilà ce que tu étais. Et je t’approchais à moi, alors que je sentais cette douleur familière qu’était mes crocs perçant mes gencives.
    « Tu ne peux pas imaginer tout ce que j’ai pu faire pour te protéger… Comment… Est-ce-que tu peux…. Ne serait-ce envisager…. UNE SEULE SECONDE ! … De faire ça !? T’as pensé aux conséquences ? T’Y A REFLECHIS A CES PUTAINS DE CONSEQUENCES ? Dans l’état dans lequel tu laisserais Jude ? Dean ? … DANS L’ETAT DANS LEQUEL TU ME LAISSERAIS ?! Aidan ! »
J’avais sentis mes crocs frôler mes lèvres. Ca y est, tu la verrais bientôt la vérité. Mais je serrais plus fort mes doigts contre ton col. Incapable de te laisser partir.
    « Comment est-ce que tu veux que je te protège, ou que je te tienne tête, si… Tu…. »
Un grondement animal résonna dans ma gorge. La mienne. Ou celle du Monstre. Je ne sais plus.
    « J’aurais dû te crever, quand je le pouvais. »
Et puis mes yeux me brûlaient, ma vue n’était plus que de sang. Je détestais me savoir pleurer. Me voir pleurer. C’était hideux. C’était monstrueux. Ces larmes sanguines qui laissaient leurs trainées carmines sur ma peau. C’était des justes des larmes maudites… Alors ma main te lâcha. Juste pour se poser sur mes yeux, pour essuyer mes larmes, pour cacher mes crocs. Alors que cette main elle tremblait. Fou. Ouais. J’étais fou. Complètement fou. Depuis toujours.
    « J’t’ai toujours aimé, sale con… Sauf que moi, tu vois… J’suis pas comme vous. Comme toi. Moi tu vois ! J’ai besoin de tuer pour vivre ! … Tu sais ton superbe devoir de merde où t’avais pris un Médiocre ? Eh ben c’est presque ça. »
J’esquissais un pas en arrière. Mon poids brisa de nouveau cette cheville trop peu cicatrisée, trop fragile. Et je tombais à la renverse, sur les fesses, dans l’herbe. C’était tellement risible. Comique. Burlesque. Digne d’une scène de théâtre. J’étais Damon, le Vampire Comique. Juste pas doué. Juste une honte pour sa race. Celui qui ferrait rire l’humanité toute entière.

Maintenant fuis.
Fuis, toujours plus loin.
Mais surtout ne dis rien.

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MessageSujet: Re: Loup, où es-tu ? {Kerran ♚   Mer 9 Jan - 23:34

    Un choc. Violent. Je fus pris d’un hoquet sourd. Alors ça y est. La mort venait enfin me chercher, accélérer ma chute. Dans son étreinte, j’espérais qu’elle soit indulgente. Qu’elle me prendrait avant d’achever mon saut, aussi clémente pouvait-elle l’être. Elle était froide cette mort. Plus froide encore que la nuit. Elle était douce, mais elle faisait diablement mal. Je la sentais me serrer. Beaucoup trop. Son manteau mortuaire était lourd, et je gémis en le sentant enserrer encore davantage mes côtes ; et je n’osais plus rouvrir les yeux. Je n’affronterais pas, mais j’aurais une mort méritante et courageuse. Ou alors mettront-ils ça sur le compte d’une maladresse. Encore. Elle me paraissait tellement… familière. Comme si des fois déjà elle déjà était venue me chercher, me taquiner. Me bercer certains soirs. Je connaissais cette main quand la mienne vint se poser sur son grain. Sa chaleur inexistante, son souffle si peu profond. Son cri. Je connaissais déjà tout d’elle.

    Non, je ne voulais pas mourir.
    Je l’aimais trop pour m’écraser avec elle.
    Je l’aimais trop, aussi, cette salope de vie.

    Je rouvris les yeux dans un inaudible râlement de douleur, à sonder les étoiles. La même que celle de l’accident. De mauvais souvenirs. Terrorisants. Je tournais la tête vers ce corps que je sentais se mouvoir à côté. Presque certain désormais que je connaissais ces doigts dissimulés dans l’herbe et puis la neige. Ces bagues, ces ongles ; cette pâleur maladive. Cette couleur porcelaine. J’eus un pincement au cœur, mais je me redressais sur mon bras pour soulever le haut de mon corps. J’étais entier, j’étais vivant. Peut-être quelques côtes fêlées. Mais j’étais vivant ; et tâché de sang. Sans savoir si c’était le mien, j’ai levé les yeux vers cette silhouette, la courbure de cette mâchoire avant que mon visage ne soit balancé, et que mon cœur ne cesse de battre sous la violence de cette gifle. Sans doute suis-je resté inerte à fixer ce point invisible au loin. Aussi longtemps que mon corps ne se dresse brusquement sans que je n’y commande rien. Sauf mes yeux qui se posèrent enfin sur toi. Parce qu’il fallait que cela soit toi ! Incapable de t’occuper de ton propre cul.

    Je suis désolé.

      « Tu ne peux pas imaginer tout ce que j’ai pu faire pour te protéger… Comment… Est-ce-que tu peux…. Ne serait-ce envisager…. UNE SEULE SECONDE ! … De faire ça !? T’as pensé aux conséquences ? T’Y A REFLECHIS A CES PUTAINS DE CONSEQUENCES ? Dans l’état dans lequel tu laisserais Jude ? Dean ? … DANS L’ETAT DANS LEQUEL TU ME LAISSERAIS ?! Aidan ! »


    Je suis désolé d’être aussi incapable.

    Mes pupilles se dilatèrent, s’adaptant lentement à cette obscurité. A ces rayons de lune qui venaient caresser ton visage, quand le feuillage hivernal daignait les laisser passer. Tu l’as sens ma peur ? Tu l’as sens mon angoisse ? Jamais tu n’avais posé la main sur moi, jamais de cette façon-là. Pour la première je te craignais. Tu m’en voulais ? Tant mieux. C’est peut-être, au fond, ce que j’avais cherché. Te faire du mal. Te faire souffrir, te faire payer de m’avoir fait t’aimer. Te montrer que sans toi j’étais rien. Que tout ce je te portais, dépassait l’entendement, la raison. Mais je ne voulais pas que ça soit toi qui me rattrape. Je savais, au fond, que tu ne me le pardonnerais jamais. Mais ce soir je m’étais accordé le droit d’être le plus égoïste des égoïstes. Je me suis octroyé la permission de tous vous faire souffrir. De te laisser comme un con. Avec ma mort sur la conscience. Me donner la possibilité d’avancer sans toi. Pour une fois, j’avais fait un choix. Sans permission, sans conseil. Cette nuit je me serais émancipé de ton emprise, de tes sourires cruels.

    Une brise glaciale me fit frémir. Puis un frisson plus fort encore raidit mon corps entre tes mains quand j’aperçu ces lueurs pourpres dans tes iris. Voilà maintenant que j’hallucinais. Plus encore que sous psychotropes. Mais je ne bougeais pas. Paralysé tout entier. Pétrifié. J’écoutais. A moitié seulement, parce que j’arquais les sourcils à la vue de ces choses, là. Entre tes lèvres qui ne cessaient de bouger trop vite. Kerran, je crois qu’il y a un problème. T’as… des trucs qui sortent, des pointes trop longues, des trucs pour tuer. Des choses acérées qui gagnaient maintenant la chaire pâle de ta bouche.

    … non. Merde. Je rêve. J’ai forcément percuté un mur, un arbre trop violemment. Tout paraît pourtant si réel. Alors pour me rassurer j’ai relevé les yeux pour les plonger dans les tiens. Y chercher un peu d’aide ? Mais ils étaient toujours trop rouges. Alors j’ai résisté un peu en sentant que tu m’attirais un peu plus à toi, bras pendants le long de mon corps.

      « Comment est-ce que tu veux que je te protège, ou que je te tienne tête, si… Tu…. »


    Piqure de rappel. A cette distance il n’y avait plus de doute.

    J’ai entrouvert les lèvres pour soudainement les refermer. Trop tremblantes. La gorge nouée, le souffle court, je t’observais. Ou j’observais plutôt la chose que je prenais pour toi. Dressée. Effrayante. Pourtant elle avait la même façon de parler, les mêmes mots. Le même visage. La même aura. Plus violente, ce soir. Plus monstrueuse, mais c’était la même.

    T’aurais dû t’occuper de ton cul. Tu n’aurais pas perdu ton temps.
    Pas gaspillé ton énergie pour rien. Tu n’aurais pas dû sauter, pas me rattraper.
    Ne pas te jeter, ne pas risquer ta vie. Pas pour moi. Surtout pas pour moi.

    T’aurais dû mourir. Pourtant t’étais là. T’étais là, à me sermonner. T’étais là, entier. Tu respirais. Et moi aussi. Anarchique. J’étais vivant, bordel. J’étais vivant, mais plus dans le même monde. Toi, t’étais bizarre.

      « J’aurais dû te crever, quand je le pouvais. »


    Et là, tu allais me faire crever ? Alors j’ai fermé les yeux. Et j’ai prié pour que mon Kerran débarque. Le mien. Celui qui était doux, celui qui me protégeait. Celui qui arrivait toujours au bon moment, celui qui me rassurait quand j’avais ces crises de panique, ces angoisses à m’en retourner l’estomac. Celui qui m’aimait pour ce que j’étais. Maladroitement, j’ai fait un pas en arrière quand je fus libéré de l’emprise de ces doigts. De ces griffes. J’ai grimacé à la vue de ce sang qui ruisselait contre cette peau, puis sous cette main… c’était laid, c’est vrai. J’ai reculé encore jusqu’à rencontrer le mur de la bâtisse. Que ma tête s’y cogne et que je râle plaintivement. Mais j’étais toujours trop proche du cadavre.

      « J’t’ai toujours aimé, sale con… Sauf que moi, tu vois… J’suis pas comme vous. Comme toi. Moi tu vois ! J’ai besoin de tuer pour vivre ! … Tu sais ton superbe devoir de merde où t’avais pris un Médiocre ? Eh ben c’est presque ça. »


    Sale con… Plus de doute désormais. C’était toi. Toi qui laissais tomber ton corps sur le sol. Presque ça. Cela signifiait quoi ? Quel devoir ? Celui sur les potions ? De botanique ? Non. Le seul que j’ai à peine pu réussir c’était ce devoir sur la défense contre les forces du mal. Le seul que j’ai fini, le seul qui m’avait pris tout mon week-end. Le plus étrange, le plus effrayant. Le plus séduisant dans ce qu’il y a de plus morbide. Alors… voilà. T’étais cette chose-là. Cet être de la nuit. Ce buveur de sang. T’étais un damné, un cadavre assoiffé. Alors j’ai aimé un mort. J’ai aimé un monstre. J’ai aimé un meurtrier. J’ai aimé un maudit. Un indésirable. Une créature des ombres. Je t’ai aimé, toi.

    Je me suis détourné. Espérant que t’avais perdu suffisamment de sang pour que tu ne puisses pas te relever, ou le plus tard possible. J’ai marché, déboussolé. L’équilibre me manquait, la force de courir aussi. Puis je suis revenu sur mes pas, et avant de réapparaître à ta vue, sans doute que tu m’avais déjà senti, je me suis baissé pour attraper la poudre blanche au sol entre mes doigts. J’en ai fait une boule, compacte, avant de me rapprocher. A pas lents, j’ai gardé une distance raisonnable, de sécurité, avant d’élancer mon bras pour te l’envoyer dans la gueule. Oui, ce soir, tu étais une bête détestable. Ce soir, je ne te reconnaissais plus.

    Pourtant j’ai été incapable de te fuir. Je me tenais droit, face toi, sans réussir à décrocher mon regard. Si le tien venait à le croiser, t'y verrais la peur. L'incompréhension. Ce sentiment d'injustice aussi. Cette colère.

      « … Monstre ! Pourquoi tu m’as pas buté ?! Pourquoi ? Depuis combien de temps t’es comme ça… ? POURQUOI ?! Mais t’es qui bordel… ! C’était ça tes putains de raisons ? »


    Puis tout devenait clair. Je voyais enfin ce que je n’avais pas voulu voir, ou que par habitude j’avais fini trouvé normal. Pourquoi t’étais toujours si pâle, si froid. Pourquoi, jamais, tu n’avais pleuré devant moi. Pourquoi on se voyait si rarement le jour. Comment tu faisais pour me retrouver, pour être si silencieux. Si fort, si imposant. Si magnifique aux yeux de tous, même quand tu te faisais méprisable. Surtout aux miens.

    Y a tout qui s’écroule.

      « Merde Kerran… tu n’avais… pas le droit de me faire ça ! Pas le droit… de… Pourquoi tu m’as rattrapé ? Qu’est-ce que tu peux bien en avoir un foutre d’un humain ?! Tu les bouffe, non ! »


    T’en as tué combien d’ailleurs ? Tu préfères le sang des hommes ou celui des bêtes ? Le mien n’était pas assez tentant, ou t’attendais juste qu’il soit parfaitement clean ? Sans doute qu’il devait être dégueulasse plein de drogue, pourri par l’alcool. Ou alors t’étais juste un vampire trop humain. Je l’espérais. Que c’était parce qu’on était devenu suffisamment importants à tes yeux pour que tu nous épargne. Que vivais en toi encore un peu d’humanité pour nous aimer, ou t’être un peu attaché. Nous étions peut-être juste des animaux de compagnie, pour une vingtaine d’années, dans toute ton éternité ?

      « … Pourquoi tu me garde en vie ? Pourquoi moi je n’ai pas le droit de crever alors que toi, t’es mort ?! Tu comptes me tuer quand ?! »


    La machine est de nouveau lancée. Je sentais ces sanglots, ces haut-le-cœur qui martyrisent ma poitrine. J’étais trempée, j’avais froid. Tremblants de peur et puis de peine. Je me sentais juste mourir, j’aurais voulu mourir. Je t’en voulais. Je t’en voulais d’être ça, ce que le monde déteste, ce qu’il redoute. Ce qu’il chasse, ce qu’il tue à coup de pieu ou de décapitation. Ce qui effrayait. J’en voulais au monde, tout entier, d’avoir fait de toi ce que tu étais. Et ma voix résonna de nouveau, dans le mutisme de cette nuit. Cassée, brisée, alors que mon regard se réfugié aux creux de mes mains.

    Je devrais être payer pour tout ce que tu me fais pleurer.

      « … mais pourquoi toi putain ?! Tu pouvais pas être… humain ! »


    Parce qu’il n’y a que les gens biens, ou ceux qui nous font du bien qu’on perd. Mais c’est trop cruel ! Une raison de plus pour ne pas aimer la vie, car encore une fois elle m’avait pris ce que je chérissais. Alors si ce soir, t’avais envie de me crever, libre à toi. Là, tu pouvais. Ce soir, j’avais définitivement tout perdu.

    En fin de compte, peut-être bien que j’étais mort.
    Alors c’est ça… l’Enfer ?


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MessageSujet: Re: Loup, où es-tu ? {Kerran ♚   Ven 22 Fév - 18:28


Je la sentais ta peur : celle qui cloisonnait ton angoisse. Des filaments lugubres et glacés qui m’atteignaient. Lentement. Sensuellement. C’était terriblement excitant. J’en sentais mon cœur palpiter d’amour. C’était tellement beau. Je t’aurais tendu la main, pour t’écarteler avec tendresse. Je t’aurais bercé contre mon sein, pour embrasser ta chair de mes ivoires. J’aurais encré le moindre de mes baisers, la moindre de mes caresses dans ton âme, scellé par ton sang exquis. Et tu aurais alors su et compris combien je pouvais t’aimer. J’aurais été l’auteur de tes maux d’amour, j’aurais été le détenteur de ta liberté. Nous aurions dansé ensemble, jusqu’à ce que la mort nous sépare, encore et encore. Et puis ton être aurai fini par cracher son dernier souffle, soupir dénuée de cette vie que je t’aurais volé.
Je le voyais ton effroi. Il était joliment dessiné sur les traits de ton visage, esquissé dans les lueurs de tes prunelles, et plus encore dans le tremblement de tes lèvres. Plus encore, dans tes réactions, dans la symphonie que me dédiait ton cœur. Alors il fallut que mon humanité me rattrape, et m’empêche de te faire sentir pourquoi je serai toujours le seul dans ta vie. Elle a fait de mon visage, un tableau d’horreur immaculé de sang, alors que je me détournais, te laissant t’éloigner. Il a fallut que je finisse à tes pieds pour te montrer la soumission totale de mon être. Et je ne te regardais, te laissant partir. J’avais tellement mal. Je te donnais ta liberté, pour que tu viennes t’écraser à mes pieds. Et je te donnais la vie, pour que tu t’enfuies encore. Sauf que cette fois-ci, dans ton esprit tournoyaient mes sombres secrets. La réalité avait fini par te rattraper : la vérité finie toujours par se savoir, quoi que l’on fasse pour la dissimuler.

Je laissais mon sang tâcher la pureté de cette nuit blanche, incapable de plus rien penser, calmant lentement mes larmes pour les effacer, réduire à néant leur existence. Et puis il eût ce coup glacé à mon visage, cette neige qui ne fondit par contre ma chair morte. J’essuyais mon visage, nettoyant de ce fait les traces de ma faiblesse.
    « … Monstre ! »
Mon regard se détachait de ta personne. Tu étais un sorcier. Mon meilleur ami. Cet homme prétentieux qui disait m’aimer. Me vouloir. Tu étais sorcier. Tu savais que ces choses existaient, tu les étudiais et tu as vu des nains, des elfes, des gobelins et que sais-je encore. Mais j’étais un monstre. Même à tes yeux. Et j’aurais tant aimé que tu me regardes d’une autre manière mais je l’avais toujours voulu. Je le provoquais sans cesse, pour que tu finisses par me détester, pour que tu me rendes les choses plus simples. Alors je n’écoutais qu’à moitié tes paroles. Je vivais enfin, ce que mon esprit fatigué avait fini par imaginer. Peut-être bien que mes pires peurs vinrent déformer tes paroles, juste pour me punir. Mais tu donnais tellement raison à mes silences et mes secrets. A mes raisons de ne pas te donner ce que tu avais désiré, fut un temps. Tu n’aimais que mon image. Cette beauté que m’avait donnée cette malédiction. Cette assurance, cette arrogance. Et tout cela, je l’avais acquis parce que je savais que je pourrais obtenir tout ce que je désirais, si je le voulais. Je pourrais soustraire quiconque au moindre de mes désirs, et me débarrasser de bien d’ennui.
Je pourrais peut-être me prendre pour Dieu tout puissant si je le voulais. Mais toi, simple mortel aux sortilèges étranges, tu me résumais déjà en quelque mot. Bouffer. Mort. Tuer. Non-humain. Monstre.

Je n’aurais jamais dû rester à tes côtés, à cette époque où tu me détestais encore. Je n’aurais jamais dû te suivre dans ce bar, et profiter de tes sourires alcoolisés pour parler avec toi. Jouer de la guitare. Pour briller à tes yeux. Pour t’entendre rire. Te voir sourire. Juste pour moi, juste grâce à moi. Et rien d’autre. Je n’aurais jamais dû aimer ça, je n’aurais jamais dû continuer. Je savais que je n’aurais jamais dû tenter de devenir quelqu’un d’important à tes yeux, par pure fierté. Pour combler ce besoin dévorant de t’appartenir, être un élément essentiel de ta vie. Et toujours un peu plus important.

J’ai fini par devenir dépendant de tes sourires et tes éclats de vie. Dépendant de ta bonne humeur, et de tes conneries, de ta maladresse et puis de ton amour muet. Amoureux de ta manie à me voler mes chemises pour dormir avec, de ta manie à échanger mes fringues pour m’habiller comme tu le souhaitais. Amoureux de ton odeur, et de ta présence la nuit, à mes côtés.
Et plus j’y pensais, plus je finissais par me rendre compte que nous étions presque un couple. Sans les réelles preuves d’amour, sans les traces de celui-ci contre nos peaux. Juste les habitudes, justes les manies.
    « … mais pourquoi toi putain ?! Tu pouvais pas être… humain ! »
Parce que je devenais à une soirée, tout ce qu’il ne fallait pas être. Tout ce qui fallait éviter, à tes yeux. Pourtant, je n’avais pas changé, d’hier à aujourd’hui, si ce n’est mes vêtements déchirés, et mes plaies à moitié cicatrisé grâce au saint Merlin.
Alors j’ai fini par poser mon regard sur toi. J’étais l’auteur de tes maux. Et tu étais un brillant acteur. Je me levais lentement pour te rejoindre avec précaution. Mais je n’osais plus t’approcher réellement. J’aurais glissé mes doigts dans tes cheveux, je t’aurais attiré dans mes bras, et embrassé sa tempe, avant de dire une connerie à demi méchante, juste pour te rendre un peu plus rageur, plus combattant. Mais ce soir, je ne savais plus ce que je pouvais encore faire à ton égard.
Alors je t’observais, debout à deux mètres de toi. Mon regard était trop vide, et je me contrôlais au plus profond de mon être pour faire disparaitre mes crocs.
    « Tu devrais rentrer… Tu vas attraper froid. »
Ou la mort. Mais c’était sûrement ce que tu avais cherché en sautant de cette tour. Cela me donnait envie de vomir.

Je reculais un peu, mettant de la neige par-dessus les traces de sang, avec mon pied. Et puis je soufflais tout bas en appuyant légèrement sur mes côtes, du bout des doigts :
    « Et je suis désolé, Aidan... »
Je me tournais vers toi de nouveau, lentement, pour reposer mon regard sur toi. Je serrais mes doigts lentement, me retenant de m’approcher encore plus de toi. Comme avant. Déchiré de savoir, que rien ne serait comme avant.

J’étais vide. Toujours un peu plus. Et puis un léger sourire amer se posa sur ma bouche béante de monstre.
    « Je compte pas te tuer… Je voulais pas non plus te… Retirer ton choix … Je n’ai pas à décider de ta vie… Ou ta mort. C’est sûrement une des choses que je t’envie le plus… »
Alors je sentis de nouveau mes yeux me bruler. J’inspirais profondément. C’était tellement affreux comme sensation. Monstrueux. Mais je me contenais. Je t’avais suffisamment servi d’horreur pour ce soir. Alors je fini par murmurer, sûrement pour que tu puisses me détester jusqu’au bout.
    « ... Je ne voulais pas… Te perdre réellement. »
Je n’étais qu’un pantin.
Et mes fils étaient reliés à ta vie.
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MessageSujet: Re: Loup, où es-tu ? {Kerran ♚   Sam 27 Avr - 20:18


      « Tu devrais rentrer… Tu vas attraper froid. »

    Je fronçai légèrement les sourcils, surement dans l’espoir que mon cerveau corrige l’erreur de perception. Non, je n’avais pas rêvé pourtant… Comme si tu n’avais strictement rien écouté à tout ce que j’avais pu raconter. Je me pinçai les lèvres tout en restant toujours aussi loin. Je ne sais plus si c’est la colère qui m’envahit à cet instant, surement trop habitué à ce que tu me prête ton oreille pour accepter qu’une fois seulement tu ignores mes jérémiades. Dans tous les cas je t’observai toujours, sans oser bouger. Seul mon regard suivait tes gestes, tes pas.

      « Et je suis désolé, Aidan... »

    Je grimaçai sans doute un peu à tes mots. Désolé… de ? D’être ce que tu es ? Alors je suis désolé de n’avoir jamais su trouver le courage de tout dire. Jamais eu les « couilles » pour te le faire comprendre autrement qu’en ayant les veines salies par la drogue ou la conscience endormie par des vapeurs d’éthanol. Peut-être que si je t’avais pris entre quatre yeux dès le début, nous n'en serions pas là. Sans doute.

    Et ce n’était au final pas tant que tu sois cette chose-là qui me dérangeait, même si quelque part l’idée qu’ôter des vies faisait vivre la tienne me terrifiait tout au fond, c’est que tu n’as jamais pensé à en parler. Après tant d’années à nous côtoyer, à prétendre que nous étions ta famille… Nous étions une famille, de celle qui souffre en silence, mais une famille. Un concept sans doute bien trop abstrait pour nous tous, pour que nous en comprenions les sens et tout ce que cela en retourne. Tous terrés dans nos mutismes respectifs nous avions appris à nous libérer de bien d’autres façons, et très certainement pas les meilleures. Mais un amour secret n’aurait tué personne. Alors je t’avouerai que si je n’avais pas été si faible, j’aurais fait tout mon possible pour taire ces sentiments qui, au final, détruisirent ce que j’avais de plus chère dans cette putain de vie.

      « Je compte pas te tuer… Je voulais pas non plus te… Retirer ton choix … Je n’ai pas à décider de ta vie… Ou ta mort. C’est sûrement une des choses que je t’envie le plus… »

    Envier mon choix… ? Pour que la culpabilité de ne pas avoir su crever te ronge, que la culpabilité d’avoir fait souffrir ceux qui te permettait de tenir encore. Et celle plus encore de te rendre compte que t’allais claquer alors que tu l’aimais cette vie. Non je n’envierai pas ces choses-là. Mais je ne dois pas savoir ce que ça fait d’errer sans fin, sans connaître non plus ce futur éternel. Je ne connais pas non plus cette sensation de se dire que jamais je n’aurai le repos quand la lassitude de vivre me prendra. J’échangerai pourtant les lendemains infinis pour ne plus craindre de ne pas avoir toujours le choix de mourir. Toi, l’invincible, qui ne craint avec le temps plus grand-chose, pas même une chute viendrai t’ôter ton dernier souffle ; alors que pourrais mourir de façon si ridicule sans n’avoir rien eut le temps de faire.

      « ... Je ne voulais pas… Te perdre réellement. »

    Je sentis alors mon cœur se serrer soudainement. Louper un bond. Se retourner. J’écarquillais les yeux, sans savoir quoi dire, ni quoi faire. Alors oui, peut-être bien que je détestais encore plus, de me donner l'envie de t'aimer encore d'avantage.

    J’aurais pu crever sans te dire je t’aimais à en mourir.

    Je n’avais pas envie de te perdre non plus. Pourtant… Il y a tellement de choses Kerran que j’aurais aimé dire quand tu ne savais pas. Quand je ne savais rien. Associable. Introverti. Timide. Les tabloïdes moldus ont tout cerné chez moi ; même les sorciers avaient finis par comprendre que je n’avais rien d’un type célèbre quand je n’étais plus sur scène. Je n’ai pas cette classe, j’ai plus le look, les sourires de joie s’éteignent pour ceux de façade. Tu n’es plus le frère ou le meilleur ami, tu deviens celui qui me fait vivre. Incroyable ! Je me ficherai presque la chair de poule tellement c’est… ridicule. Nian-nian même. Mais je m’en tape. Je m’en tape que tu t’en foutes. Je me fiche de ce que peuvent bien penser les autres, après tout, j’ai tout perdu alors… faisons comme si jamais je n’avais pas sauté. Faisons comme si je n’avais rien vu. Demain je pourrai mimer l’amnésie si cela te dérange que je sois au courant.

    J’inspirai alors doucement, regard perdu sur le côté, avant de les reposer sur toi. Brûlant d’envie de venir te secouer pour que ce sourire horriblement triste s’efface. Mais je ne bougeai pas, trop concentré sur la neige qui avait épousés nos corps. J’entrouvris les lèvres un laps de temps pour finir par souffler :

      « Bah t’as gagné... »

    Mon regard se porta alors sur toi, sourcils froncés.

      « … encore. »

    Comme ces concours idiots de celui qui tiendrait le plus longtemps sans dormir, ou qui tiendrait mieux en soirée. Même si maintenant je n’avais plus de raison d’être surpris d’être rentré chaque soir entier. J’inspirai encore, puis leva les yeux vers ces perles étincelantes qui habillaient la nuit avant de me baisser pour ramasser de nouveau la poudre à nos pieds. Jamais je n’aurai pensé qu’un jour il soit si difficile de refaire un pas. Encore moins vers toi. Mais ça y est Kerran, je crois que je les ai les « balls » pour m’approcher alors que tu restais désespérément statique… Non, ce n’est pas un mais deux pas que je fis vers toi. Certainement que tu sentais mon pouls s’accélérer un peu plus à chaque gestes que j’entreprenais avec plus ou moins de difficulté et que j’observais ce souffle absent de tes lèvres. Je me pinça légèrement la lèvre inférieure avant de venir poser la neige contre ta joue. Non, je n’aimais pas ces traces vermeilles mal essuyées, pas même ce regard trop longtemps vide, ou encore ce silence que je ne savais pas s’il fallait briser.

    Alors blâmons l’éducation, pour t’avoir dépeint en monstre.

    Mon insouciance m’aura porté la poisse, mais je prendrai le risque si jamais il y a une chance que cela soit seulement des cas particuliers ces carnages, ces êtres sans pitié. J’avais encore l’espoir que je pouvais être le sorcier le plus chanceux des merdeux. Alors lentement j’essuyai ma main contre mon haut, avant de chercher ton regard. J’hésitai un instant avant de laisser couler quelques mots d’entre mes lèvres :

      « Je sais pas si j’arriverai à me faire à l’idée… ou même… enfin tu sais, je pense que je vais avoir besoin de temps pour… digérer. Et pas oublier. »

    Je ne sais pas non plus si c’est la pluie qui commençait à tomber qui me fit bouger de nouveau. Sans doute que j’avais regardé trop de ces films à l’eau de rose avec ma mère pour instinctivement me hisser sur la pointe des pieds et venir chercher tes lèvres, glisser ma main contre ta nuque aussi fraiche que ces gouttes que je sentais pénétrer mes vêtements et me mouiller jusqu’aux os. Je ne pourrais pas même dire combien de temps je suis resté ainsi avant que je ne me détache brusquement dans un sursaut au moment où un grondement de tonnerre perça le silence. Je sentis mon cœur rater un bond, alors que je m’entendis pousser ce gémissement de surprise à en briser mes propres tympans... Je tentai alors de reprendre mon propre souffle, venant déposer ma main contre ma bouche, comme si je craignais que de nouveau un couinement ne m'échappe. Merde. C'est que j'aurais presque honte de rire dans un moment pareil, encore plus devant toi. Pourtant c'est ce que je fis avant d'arriver à reposer les yeux sur toi.


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